Notre responsable groupe trans écrit à Theo Francken

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Lettre ouverte à Monsieur le Secrétaire d’état Theo Francken

 

Monsieur le Secrétaire d’état,

Lorsque j’ai été amenée à faire votre connaissance par l’intermédiaire des médias, j’ai pensé que vous deviez être un « brave homme ». Cela m’a traversé l’esprit parce que vous portez le même prénom que mon père qui, lui, était vraiment un brave homme.

Comme je ne me mêle pas de « politique », je n’ai jamais pris le temps de considérer votre travail au sein du gouvernement. J’ai bien entendu parler, toujours grâce aux médias, que vous avez bien des soucis avec les immigrés de tout bord arrivant dans notre pays. Mais, n’étant pas une professionnelle de ce genre de situation, je me suis toujours bien gardée de porter le moindre jugement sur votre action dans ce domaine.

Malheureusement pour vous, vous avez dernièrement émis un avis dans un domaine où je peux prétendre « être une professionnelle » mais pas dans le sens premier du terme. Je veux dire par là que j’ai une grande connaissance et une expertise certaine en ce qui concerne « les hommes qui se féminisent » comme vous dites.

Je tiens d’abord à vous rassurer. Le monde ne tourne pas moins rond ni plus rond que dans l’Antiquité voire même durant le Moyen-Âge. À ces époques, il y avait déjà des hommes qui se féminisaient. Évidemment, nous n’étions pas présents pour le constater mais certains livres font mention de ce phénomène qui bizarrement, à ces époques, ne donnait pas lieu à des messages tels que celui que vous avez publié.

Quelle mouche vous a piqué pour nous sortir un message tel que celui-là ? Je suis bien heureuse pour vous que vous n’ayez jamais ressenti un tel besoin. Croyez-moi, « sentir que la nature ne vous a pas donné la bonne apparence et la bonne constitution physique » n’est vraiment pas un bon début pour être heureux dans sa vie. Mais, je vous jure que pour les personnes qui sont dans cet état, ce ne sont pas des fadaises ! C’est tellement important que ce sentiment peut très vite devenir une question de vie ou de mort. Donc, je vous remercie de garder vos réflexions pour vous. Vous avez le droit de penser tout ce que vous voulez mais en sortant un tel message vous avez insulté la communauté des personnes transgenres et non pas la communauté LGB comme le laisse supposer le drapeau arc-en-ciel qui clos votre message. Cela aurait été plus correct de placer le drapeau de la communauté transgenre à la fin de votre élucubration. Si vous n’en possédez pas un modèle, la Maison Arc-en-ciel de la province du Luxembourg se fera un plaisir de vous en fournir un exemplaire.

Donc, lorsque vous prétendez par la suite, que vous ne vouliez pas stigmatiser la communauté LGBT, il me semble que vous ne dites pas la vérité. Mais de la part d’un membre du gouvernement, ce n’est pas exceptionnel. Tout comme votre président de parti et Madame la Secrétaire d’état à l’égalité des chances (qui tous deux ont pris leurs distances au sujet de vos propos), vous avez de sérieuses lacunes en ce qui concerne le domaine de la transidentité. Être transgenre n’est pas une question d’identité sexuelle mais bien une question d’identité de genre et cette nuance est très importante. Le genre et le sexe sont deux choses totalement différentes n’ayant rien à voir l’une avec l’autre. Une personne peut être en accord avec son sexe tout en étant en désaccord avec son genre. C’est notamment le cas des hommes qui aiment porter des vêtements féminins et qui n’envisagent pas se soumettre à un traitement hormonal de substitution ni à une quelconque opération de quelque nature qu’elle soit. Ces hommes se nomment des « travestis » ou « transvestis » suivant qu’ils n’ont pas ou ont la conviction intime constante et irréversible d’appartenir à un autre genre.

Si vous le souhaitez, je suis prête à vous exposer plus en détail tout ce qui concerne la transidentité. Cela devrait vous permettre à l’avenir de ne plus écrire des « fadaises » à notre sujet. Croyez bien que des situations comme celle que vous venez de faire vivre aux membres de ma communauté, nous nous en passerions bien. Ce mardi 28 août dès 07:30 heure, j’ai été contactée par une radio qui souhaitait avoir mon avis, dans son journal de 8 heures, au sujet de votre sortie intempestive. Je me suis bien gardée de leur dire ce que je pensais de votre avis à notre sujet. Je préfère vous en faire part dans cette lettre et il me serait bien agréable de vous lire en retour. J’ai préféré prétendre que votre message avait pour but de détourner l’attention de la population de la situation inextricable dans laquelle vous devez gérer les migrants. Mais entre nous, je sais que ce que vous avez écrit vous le pensez très sincèrement. Vous nous prenez pour des « bêtes de foire » et vous aimez certainement ironiser envers les gens comme moi.

Tout comme l’a dit votre président de parti, il n’est pas utile de nous présenter des excuses. Ce serait trop facile. Personnellement, je n’en ai rien à faire des excuses. Si vous aviez fait votre sortie en face à face avec moi, je vous aurais remis froidement à votre place, ministre ou pas. J’ose espérer qu’à l’avenir vous trouverez un autre sujet de polémique et que vous aurez la bonne obligeance de ne plus stigmatiser ma communauté.

Il n’en reste pas moins que je vais vous laisser encore le bénéfice du doute. Vous avez été maladroit, cela peut arriver à chaque être humain. Je vais terminer en formulant le souhait que vous parviendrez à vous sortir de cette situation semblable au nœud gordien, qu’est le problème des migrants et que vous aurez à cœur de faire en sorte que notre pays soit aux yeux du monde un exemple d’accueil de l’autre et du respect des droits humains.

Je vous remercie et vous prie d’agréer mes respectueuses salutations.

Lola Nicolas


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