« Louis(e) » vu(e) par Lola !

« Louis(e) » vu(e) par Lola !

Lola Nicolas, responsable du groupe transidentitaire de la Maison Arc-en-ciel, nous livre ses commentaires sur la nouvelle série « Louis(e) » diffusée sur TF1 lundi soir!

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J’avais dit que je ne regarderais pas et je n’ai pas regardé. Mais mardi matin, j’ai été contactée par des amis membres d’associations Trans comme moi. Ils voulaient que je leur dise ce que j’ai ressenti et ce que je pense de cette diffusion. J’ai donc été bien obligée de les visionner en streaming sur Internet.

Tout d’abord, il y a ce « e » entre parenthèses dans le titre. C’est une horreur pour les personnes trans. Les personnes transphobes, qui veulent nous insulter, nous appellent par notre ancien prénom lorsqu’elles le connaissent. Quand nous faisons ou avons fait une transition, nous voulons être appelées par notre prénom féminin et pas par l’ancien. Si cette série vise à aider à l’inclusion des personnes trans pourquoi a-t-elle choisi un titre transphobe ? Pour appâter le téléspectateur ? Ce n’est pas cool parce que cela peut faire croire que ce n’est pas une insulte et pourtant c’en est une !

J’ai déjà écrit que je regrettais que le rôle principal ne soit pas tenu par une actrice transgenre. J’ai le courage de mes opinions et je confirme. J’ai de suite ressenti un manque de vécu de la part de l’actrice jouant la personne transgenre. Dès que je l’ai vue marcher dans la rue, j’ai remarqué qu’elle exagérait son mouvement des hanches ! Les trans ne marchent pas ainsi ! Cela relève du stéréotype !

Le scénario est illogique : jamais, une personne trans ne va agir comme elle le fait dès l’entame du premier épisode. Elle vient s’imposer dans sa famille qu’elle a quittée 7 ans auparavant sans donner la moindre explication notamment à ses enfants. Dans la réalité, si une personne trans agit ainsi autant qu’elle se suicide. Sa famille a droit à la vérité dès le départ même si cela est douloureux pour tout le monde. Et si elle fuit, comme Louise l’a fait, elle ne doit plus s’y représenter. Elle a fait un choix et elle doit s’y tenir. En agissant tel qu’elle le fait, elle est vraiment sans gêne et passe pour une personne très égoïste. Si le scénariste a voulu faire passer les personnes trans pour de grandes égoïstes, c’est réussi.

Elle possède toujours une carte d’identité avec son ancien prénom et une photo de mec ! Après être opérée, une personne trans obtient une carte d’identité conforme à son genre sauf si elle ne fait pas la démarche de la demander. C’est vrai qu’en France, la législation est encore plus transphobe qu’en Belgique, alors… ? C’est illogique ! Une personne trans désire plus que tout obtenir des papiers d’identité qui correspondent à son genre.

Tout au long du premier épisode, Louise est en quête d’une attitude plus que féminine. Elle est toujours en train de se remaquiller, de se recoiffer, marchant sur des talons très hauts, trop hauts, elle tond la pelouse et joue au basket avec son fils perchée sur ces souliers à hauts talons. On sait que Louise est une femme et je ne comprends pas pourquoi le scénariste insiste aussi fort sur son processus de féminisation. Cela laisse l’impression que les femmes transgenres exagèrent leur féminité parce qu’elles ont peur de n’être jamais assez féminines. Il y a des femmes « bio » qui ne sont pas très féminines et il y a des femmes trans qui ne le sont pas non plus ! On est comme on est et inutile d’en rajouter. La situation ne peut qu’empirer.

Le compagnon de l’ex-femme de Louise utilise régulièrement des termes comme travelot, transsexuel…, il la mégenre sans vergogne et personne ne le reprend. Cela peut laisser supposer aux téléspectateurs que les personnes transgenres peuvent être appelées ainsi sans avoir peur de les blesser. C’est de la désinformation et de la transphobie !

Les sujets abordés tout au long des deux épisodes sont des problèmes rencontrés par beaucoup de personnes trans mais nous les vivons au début de notre transition, pas après 7 ans. Louise pleure beaucoup, mais nous ne passons pas notre vie à souffrir ! Avec le temps et les expériences douloureuses régulières, nous finissons par nous endurcir. On dirait que Louise est au début de sa transition et qu’elle ne s’est pas encore faite à ce régime d’être régulièrement méprisée. Cela ne colle pas vraiment au vécu des personnes transgenres.

Finalement, dans ces deux premiers épisodes, il y a trop de caricatures et de stéréotypes. Les attitudes, les paroles utilisées, certains dialogues laissent croire que la vie des personnes trans est ainsi rythmée. Si c’était le cas, il y aurait encore plus de suicide ! Heureusement pour nous, il y a quand même des personnes sympas dans notre entourage.

L’aspect de la trans-parentalité n’est guère abordé et pourtant en France, ils ont de la matière pour montrer que la justice est transphobe au plus haut degré !

Enfin, vous allez me dire que je ne suis jamais contente ! Peut-être bien ! Je concède cependant que c’est appréciable qu’une chaîne de télévision très importante passe une telle série à une heure de grande écoute. C’est moins catastrophique que ce que je craignais. Mais je reste quand même assez déçue ! J’ai préféré beaucoup plus regarder la série américaine « Transparent » nettement mieux agencée et beaucoup plus proche de la réalité du vécu des femmes transgenres.

Espérons que les prochains épisodes relèveront le défi avec plus de réalisme !

La page de la série « Louis(e) – TF1


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