Et si l’EVRAS pouvait tout changer.

Et si l’EVRAS pouvait tout changer.

En 2012, l’EVRAS (l’Education à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle) a été insérée dans le décret sur les missions de l’enseignement. Depuis, les Centres locaux de promotion de la santé se sont vus attribuer la mise en place sur le terrain de l’EVRAS dans les écoles. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Entretien avec Sylvie Lausberg, Directrice de la Cellule Étude et Stratégie du CAL/Communautaire.

Propos recueillis par Christophe Descamps, animateur à la Maison Arc-en-Ciel de la province de Luxembourg.

  • Comment définiriez-vous l’éducation à la vie sexuelle ?

 

L’éducation sexuelle à l’école est aujourd’hui reprise sous l’acronyme EVRAS, Education à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle qui se définit en trois axes : l’information, le dialogue et la prévention. Pour arriver à bénéficier de ces trois approches, tous les élèves devraient avoir un accès égal à cette éducation, tous réseaux confondus.

  • Lorsque l’on parle d’éducation à la vie sexuelle, la majorité des personnes pensent à un discours réservé aux enfants ou aux plus jeunes d’entre nous . A qui est-elle destinée selon vous ?

 

Dans un premier temps, il est important de préciser que l’éducation à la vie sexuelle est nécessaire dès la plus petite enfance et prend sa place dans le milieu scolaire. Pourquoi ? parce que dès le plus jeune âge, la sexualité fait aprtie de notre rapport au monde, et à nous-même.

Ensuite, si l’on regarde plus largement la société dans son ensemble, en examinant par exemple le secteur de l’éducation permanente (autrefois appelée éducation populaire), il est évident qu’il existe là aussi des groupes de personnes qui doivent pouvoir bénéficier de cet apport. Je pense notamment aux personnes moins éduquées ou qui n’auraient pas, suite à un parcours de vie spécifique, bénéficié d’une information spécifique sur la sexualité.

Il va de soi que c’est également le rôle des centres de planning familial d’informer et de rencontrer les demandes des personnes qui sont en demande d’information ou qui se trouvent dans une situation problématique liée à la sexualité et aux droits reproductifs.

  • Doit-on distinguer l’éducation à la vie affective de l’éducation à la vie sexuelle ? Est-ce que les deux doivent être transmises par la même institution ?

 

Une relation sexuelle est sensée se pratiquer avec une autre personne. La relation sexuée est donc liée à la maturité affective et aux sentiments en jeu  au sein d’une relation. Les deux ne sont donc pas dissociables. Il n’est pas cohérent de parler de l’un sans parler de l’autre. A l’exception de certains professeurs qui ont manifesté l’envie d’animer – ou de co-animer – des séances EVRAS et qui ont suivi une formation spécifique,  les dispensateurs d’EVRAS au sein des écoles devraient être étrangers à tout lien hiérarchique ou relation d’autorité avec les élèves. En effet, un tel lien d’autorité peut dans nombre de cas entraver la liberté nécessaire à tout espace de dialogue, surtout sur un sujet qui touche de si près à l’intimité et à la singularité.

Cependant, la collaboration bienveillante de l’institution devrait permettre de fédérer tous les partenaires autour du projet de l’établissement en matière d’EVRAS, parents compris.

Enfin, alors que c’est souvent le cas, une intervention EVRAS ne devrait pas être mise en place dans l’urgence, quand un problème se présente dans l’école, mais s’inscrire dans un ensemble d’interventions programmées.

Il est important de souligner que, depuis juin 2012, l’EVRAS est une des missions de l’enseignement et que toutes les écoles sont tenues de mettre à l’agenda un certain nombre d’animations dans toutes les classes. .

 

  • En quoi l’éducation à la vie sexuelle peut-elle permettre l’intégration des « minorités sexuelles » ? Doit-on envisager une éducation à la vie sexuelle différente en cas d’appartenance à une « minorité sexuelle » ? Doit-on, dans ce cas, imaginer une éducation par les pairs ou serait-elle ostracisante ?

 

Séparer les élèves en fonction d’une orientation sexuelle ou d’un vécu spécifique n’aurait aucun sens. Un des buts poursuivis par les animations de sensibilisation étant de créer des espaces d’information et de compréhension, sans jugement, sur la sexualité. Quelle que soit la sexualité a toujours une dimension transgressive : il n’y a pas de sexualité ‘normale’ ou ‘anormale’.

Il est donc nécessaire de faire prendre conscience aux élèves que les rapports sociaux sont sexualisés et que la sexualité n’est pas « hors champ ». Il ne s’agit de quelque chose « d’à part » : la sexualité est toujours en jeu, ce dont les rapports sociaux témoignent à suffisance. Les tabous encore très présents dans notre société enferment au lieu d’ouvrir le champ à l’acceptation de l’autre.

  • Est-ce que l’éducation à la vie sexuelle est un outil valable de lutte contre l’homophobie et la transphobie ?

 

Oui, par l’information apportée, par la mise en pratique d’exercices qui permettent de décloisonner la pensée et de lever des tabous.

  • En France, certaines associations conservatrices ont lancé des actions citoyennes (pétitions) pour empêcher des associations LGBT de mener ce genre d’animations. Elles parlent d’un manque de neutralité des intervenants. Pensez-vous qu’elles ont raison ?

 

Non. L’hétéro-normativité n’est rien d’autre qu’une norme actuelle due au nombre. La question n’est pas d’être neutre dans ce que l’on transmet dans le cadre de l’EVRAS.

Il faut que l’intervenant ait une « vision professionnelle ». Qu’il soit accueillant, qu’il soit ouvert aux diverses questions que pourraient poser les jeunes et ne soit porteur d’aucun parti pris ou préjugé. C’est plutôt cela qui doit être mis en avant dans le cadre des qualités d’un intervenant.

  • L’éducation à la vie sexuelle doit-elle être utilisée au coup par coup (comme par exemple, un instituteur qui ne saurait pas comment gérer une situation d’homoparentalité) ou faire partie d’un plan plus vaste, établi et programmé ?

 

Il est évident qu’il est nécessaire d’établir un programme de référence, avec des intervenants formés et récurrents. La généralisation effective de l’EVRAS est primordiale dans notre société car il s’agit de donner à tous les jeunes, quel que soit leur réseau ou filière d’enseignement, une information et un espace d’échange sur la sexualité, sans que les uns ou les autres soient discriminés , car  le droit à l’information correcte constitue un facteur d’égalité.

  1. Depuis 2012, l’EVRAS est obligatoire en Belgique. Chaque province dispose d’une plateforme regroupant plusieurs associations pour mettre en place l’EVRAS dans les écoles. Qu’en pensez-vous ?

L’EVRAS fait partie des missions dans la Fédération Wallonie Bruxelles ; c’est une excellente évolution, mais cela bloque sur le terrain dans l’application du décret. Il n’y a pas de grille d’évaluation prévues à ce jour ; pas de labellisation des intervenants, etc. A ce jour, quatre an après le vote du décret, nous ne pouvons toujours pas savoir qui a pu bénéficier d’animations, ni sur quelles thématiques.

C’est la nouvelle bataille à mener, avec les décideurs politiques notamment, mais également les Pouvoir Organisateurs des écoles et tous les intervenants concernés, politiques compris.

[SC1]t’es sûr ? pas plutôt ‘un discours réservé aux plus âgés’ ?


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